Un choix éthique et politique, source de bien-être profond...
Comment mettre en phase l’histoire humaine avec la réalité qui la contient et lui sert de support ? Sommes-nous conscients que la planète qui nous héberge est un système limité et ne peut par conséquent répondre à des besoins illimités ?
Limiter globalement nos prétentions ne peut se faire sans l’autolimitation de chacun. C’est en cela que l’utopie de la sobriété volontaire et heureuse est une gageure en même temps éthique, politique, écologique et stratégique : elle est éthique parce qu’elle contribue à une répartition plus équitable des biens légitimes, elle est politique parce qu’elle instaure une organisation sociale fondée sur un labeur et une créativité humaine au service de la nécessité et non pour accumuler des biens capitalisables à merci, elle est écologique parce qu’elle contribue à épargner les ressources naturelles en réduisant les prélèvements et la destruction, elle est stratégique parce qu’elle annule le « toujours plus » sur lequel se fondent les dictatures économiques et marchandes. En cela, elle constitue un acte de résistance légitime, positif et pacifique.
Car il faudra bien reconnaître que ces dictatures ne disparaîtront pas à coup de révoltes, mais seulement si les collectivités humaines, mettant en valeur leurs ressources et leurs capacités, s’organisent pour les rendre inutiles. Enfin, en nous affranchissant de la pesanteur excessive de la matière, la sobriété nous permettrait de travailler à cette humanisation sans cesse ajournée, sans cesse espérée.
La sobriété est donc un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond.
En 2002, la décroissance a été l’une des grandes thématiques de la campagne électorale de Pierre Rabhi.
Volontairement provocateur, le terme avait été choisi pour remettre en question le dogme de la croissance indéfinie comme solution à tous nos problèmes. Aujourd’hui largement repris par des mouvements de tous bords, parfois réactionnaires et agressifs, et interprété comme une évolution négative, nous préférons parler de « sobriété », valeur subtile et profonde qui fait appel à ce qu’il y a de plus beau et de plus sage en chacun.
Ce débat vocable n’amoindrit en rien la radicalité de notre point de vue sur l’idéologie du « toujours plus ».