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Le prix du miracle industriel

Parce qu’il repose sur une forme concentrationnaire de moyens, le « miracle industriel » a érigé un modèle de société impossible à généraliser sans dépôt de bilan planétaire.

Parmi les mythes les plus enkystés dans l’opinion, la conscience collective et toute la structure de la société contemporaine, figure le concept de développement. Ce dernier révèle de plus en plus non seulement son inadéquation avec une évolution positive de l’histoire, mais aussi ses effets catastrophiques.
La notion même de développement est la fille aînée du monde industriel – technico-scientifique productiviste et marchand – celui-ci reposant sur une donne totalement inédite dans l’histoire de l’humanité. Cette donne a eu pour mission d’exhumer la matière minérale, combustible et non-combustible, comme le charbon et l’acier, et d’instaurer une industrie lourde pour produire des machines et autres innovations technologiques. L’irruption de toutes ces innovations, issues notamment de la thermodynamique, s’est faite si brutalement qu’elle peut être comparée à un séisme historique.
L’enthousiasme suscité par tant de prodiges instaure un ordre nouveau, une foi en la raison, une sorte de « miracle » industriel. Ce qui a été plus ou moins occulté, c’est que ce miracle a bénéficié de plusieurs conjonctions positives miraculeusement réunies :
1. Le génie inventif de l’Occident en matière de physique, de mécanique, de chimie, d’électromagnétique… etc.,
2. Le bénéfice de l’épargne paysanne (bas de laine…etc.) pour la constitution du capital de base,
3. La force de travail des paysans les plus pauvres consignés aux travaux les plus pénibles d’extraction des minerais pour les hauts-fourneaux,
4. Enfin et d’une façon décisive l’usage des matières premières, de l’énergie combustible et de la force de travail issues des gigantesques territoires colonisés sur la quasi totalité de la planète.
Vu sous cet angle, le miracle industriel repose sur une forme concentrationnaire de moyens et s’est érigé néanmoins comme un modèle prometteur de progrès généralisable pour le salut d’une humanité enfin affranchie des limites que lui imposait la nature. Il n’est donc pas difficile de comprendre qu’un modèle de civilisation qui bénéficie d’autant de facteurs favorables ne peut être qu’un phénomène paradoxal impossible à généraliser sans dépôt de bilan planétaire et c’est parce qu’un nombre limité de nos semblables ont pu l’appliquer que l’humanité survit encore.

Le saviez-vous?

A peine un siècle après la découverte de l’Amérique, les galions espagnols ont transféré 185 000 kilos d’or et 16 millions de kilos d’argent du continent américain vers l’Europe. Et ceci n'est qu'une petite part du pillage réalisé par l'Europe pour son développement.

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